Niveau :
Confiance
4
messages
http://www.philippe-marini.net/index.php?option=com_content&task=view&id=107&Itemid=242 (cet article de fonds me semble plus que jamais "d'actualité")
Une Europe réaliste
- Je n'ai jamais figuré parmi les adeptes du fédéralisme et j'ai voté non en 1992 au Traité de Maestricht. Il me semblait que cette construction était incomplète, bancale et portait en elle-même les germes de crises futures.
- Avec le temps, j'ai cependant constaté que notre monnaie unique, l'euro, a facilité l'ouverture de nos économies, la constitution d'un grand marché, le rapprochement des politiques économiques, budgétaires et fiscales. Dans la situation présente, caractérisée par de lourds déficits publics de la plupart des Etats de la zone, nos différentes monnaies, si elles existaient encore, devraient faire face à des risques considérables d'instabilité, et nous en paierions le prix sous forme de taux d'intérêts plus élevés et de mesures de rigueur plus douloureuses. De ce point de vue, l'euro est un réducteur d'incertitude, mais il faut être attentif à sa crédibilité.
- Au cours de l'année écoulée, j'ai été conduit, à de nombreuses reprises, pendant la campagne présidentielle et après, à développer mes vues sur le pacte de stabilité et de croissance. J'ai souhaité une relecture du pacte. Le dogme de 3 % ne me semble pas pouvoir s'appliquer, quelle que soit la situation du cycle économique. La prise en considération de l'endettement public et de ses contreparties me paraît insuffisante. La prise en compte des investissements d'infrastructures et des investissements en équipement militaire me semble être aussi une dimension importante du raisonnement. Bref, sans contester la nécessité d'une discipline commune, je crois inéluctable de la réinterpréter à la lumière de la réalité présente.
- Dans mes derniers déplacements préparatoires à l'élaboration de mon rapport général sur la loi de finances pour 2003, j'ai rencontré, par exemple, le commissaire européen chargé des affaires monétaires, Pedro Solbes, le ministre belge des finances, Didier Reynders, le ministre délégué italien, le Professeur Mario Baldassari, et de nombreux économistes des différents pays de l'Union. La « sortie » récente du Président Prodi a eu le mérite de jeter un éclairage cru sur la réalité. Je n'en tire naturellement pas les mêmes conséquences que lui, mais il est clair que l'on ne peut se contenter aujourd'hui de déclarations lénifiantes et de la réaffirmation de l'excellence d'un dispositif que ses principaux animateurs ne peuvent plus et ne veulent plus appliquer.
- Les enjeux immédiats se situent sur trois terrains : 1. la relecture du pacte de stabilité et de croissance pour les raisons évoquées ci-dessus ; 2. le devenir des institutions européennes à l'issue de la Convention ; 3. l'élargissement de l'Union qui la transforme en profondeur, en lui permettant de se confondre progressivement avec notre continent tout entier.
- A mon avis, les fédéralistes ont définitivement perdu la partie. Ils ne feront pas disparaître nos nations, du moins dans les dix prochaines années... La vision européenne du Général de Gaulle s'avère être toujours la vraie, mais ceci ne s'oppose pas, bien au contraire, à bâtir de manière persévérante les conditions de l'efficacité économique, d'une concurrence équitable dans l'ensemble de l'Union, d'une solidarité de plus en plus poussée entre les économies de la zone euro.
- C'est ce que j'appelle une Europe réaliste. Le Conseil des ministres en demeure l'organe suprême, représentatif de la volonté des Etats. Qu'il se dote d'un président permanent me paraît être de bonne administration. La Commission, quant à elle, est d'abord l'organe technique chargé de proposer des initiatives, d'éclairer les choix du Conseil, de veiller à leurs bonnes mises en oeuvre. De plus, elle entretient des relations fonctionnelles avec le Parlement européen, et celui-ci peut mettre en jeu sa responsabilité. Quant aux Parlements nationaux, ils doivent être mieux associés, en amont, à l'élaboration des normes communautaires. Gardiens de la subsidiarité, ils demeurent responsables devant les opinions publiques des politiques conduites et seuls en mesure de consentir à l'impôt, selon le principe de base de nos démocraties représentatives.
Jean du Terroir